Bafouille
Plaidoyer pour le cross...
(Posté sur le forum Ultrafondus)
Salut à tous,
J'ai vu vos messages sur le cross. C'est triste maintenant. Le cross, la base de la course. L'incontournable. Alors je laisserai aux Bruno, FredRossignol et autres avions le soin de vous expliquer les bienfaits de cette discipline. Pour ma part, j'essaierais juste, l'instant de quelques lignes de vous le faire sentir, apprécier sinon aimer. Mais le temps n'est plus à l'amour. Le cross se meurt. Les histoires d'amour ne se terminent que lorsqu'on les croit éternelles. On pensait le cross éternel. On s'est trompé. Vous n'aurez peut-être plus le temps de l'aimer, juste celui de le regretter, je le crains.
Regretter ces photos noir et blanc. Celles de vos journaux régionaux, du « Miroir de l'Athlétisme », de Spiridon qui nous montraient ces spectateurs transis de froid, emmitouflés dans le plaisir de ce spectacle à contempler ces cross-men dans des forêts aux arbres décharnés par l'hiver. Ah, ce public ! Nombreux, connaisseur, bruyant qui nous portait véritablement à chacun des tours. Les familles au grand complet qui venaient avec la glacière passer la journée ; le petit qui courait après son vétéran de père. La sour et la mère qui y allaient parfois aussi de leur course. Et la grand-mère qui couvait des yeux les petits alors qu'ils filaient vers le départ tout « rachtoques » sous le bonnet qu'elle leur avait justement tricoté aux couleurs du club. Ce bonnet sous lequel il allait mourir de chaud, les joues rouges et la tête qui le gratte. Ces petits qui allaient « pisser » dix fois derrière l'arbre à côté du départ dans les instants d'avant course. Cette peur qui leur tiraillait les tripes. Ne souriez pas, nous avons tous connu ça.
Et le départ... Les jours où tu joues la gagne, tu te places du mieux possible, pour virer dans le paquet de tête en bout de la ligne. Les autres fois, les plus nombreuses, tu te places pour éviter la bousculade dans le troupeau. Et dès le coup de pétard, tu entends ce bruit sourd, et le souffle. Une immense respiration faite de dizaines, de centaines de souffles courts et déjà bruyants. Et petit à petit, des groupes se forment. Et les jeux commencent. Car le cross, c'est aussi un jeu. Un jeu pour les petits. Un jeu pour les grands. Le jeu de celui qui n'explosera pas ou qui explosera en dernier. Le jeu des cuisses qui brûlent et des poumons à vif. Un jeu qui, les années passant, t'attrape toujours. Parce que tu sais que la saison de route venue, tu seras costaud. Ce ne seront plus les autres qui te tourneront autour, mais toi qui te baladeras. Dans cette côte, cette descente, sur toute la course.
Et puis le cross, ce sont des rituels. Ceux de la famille, la famille de l'effort. Ceux qui impressionnent les petits nouveaux. L'échauffement où l'on trottine en groupe, en jouant à l'intox. C'est à qui est le moins entraîné ou à qui a fait les plus grosses séances. Et puis au fur et à mesure que l'on observe le parcours, les paroles se font rares. On scrute, on étudie. Comment passer ce fossé, où poser le pied sur ce virage, sur cette relance. Le footing achevé, vient le temps de monter les pointes. Alors, du 12, du 15 ou du 18 ? Et là, re-intox. Les pointes mises, on court vers le départ, faire quelques lignes droites. Quand on est bien, on accélère sur la ligne droite de départ. Quand ce n'est pas le cas, on enfile une écharpe et un béret et « discretos » on accélère loin des regards. On arrive sur la ligne et on peut jouer une dernière fois l'intox. (...)
Et puis pour finir sur les classiques du cross, il y avait l'ambiance de kermesse, la sono saturée qui crachait les commentaires de la course. Une ambiance de fête du patronage, vous savez, ces fêtes de fin d'année où les enfants dansent devant toute la famille. Et puis, j'allais oublier les buvettes, l'odeur des merguez et des saucisses qui grillent. Et puis la boue, le froid. Tout ce qui fait le cross. Cette fatigue d'après course. Quand on trottine avec les copains en refaisant la course et en riant des blagues de potaches que l'on a faites. Et le retour à la maison où le chocolat chaud avec les crêpes ou le gâteau au yaourt est un festin. Je me souviens aussi quand gamin j'attendais le retour de mon père qui courait de bonne heure, souvent loin avec les vétéran. Les « Alors ? Et machin, combien il a fait ? et truc ? C'est pas vrai ! »
Et puis le cross, c'était les copains. L'équipe pour laquelle on se « déchirait ». Je n'avais plus fait de cross depuis 1993. La saison 2002-2003 a été dure mais je l'ai adoré. Je suis sur que les premiers trails vont me rappeler que je n'ai pas fait de cross cette année.
Mais le cross se meurt. Les parcours aseptisés des parcs municipaux, secs et rapides me déplaisent. Le public boude, pourtant une belle bagarre en tête, c'est beau à voir. Mais non, ma bonne dame, tout fout l'camps. Certains frétilleront peut-être à l'évocation des cross de Gujan-Mestras, Bègles si chaleureux, Blaye et sa citadelle, Cenon et son Parc Palmer si tourmenté et redouté.
Allez, l'année prochaine je remets ça ! Chiche ?
Colomiers, janvier 2004
Vincent
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