Bafouille
Ma lettre au Père Noël...
Cher Père-Noel,
Je n'ai peut-être pas été assez sage cette année mais tu es tolérant alors je t'envoie ma missive annuelle. Cette année, tu sais, j'ai compris des choses. Alors je ne sais pas si tu pourras tout m'apporter mais tu verras, j'ai vieilli et même si je ne blanchis pas encore, ce n'est plus des jouets que je veux, c'est de la vie. Je me doute que tu as du remarquer que je n'ai pas toujours été fort, ni courageux, ni vaillant, ni persévérant ni tout ça, mais que veux-tu n'étant plus un enfant, je suis devenu homme. Alors voilà, je te demande de l'Humanité et de la Vie.
Je te commande un trait de santé. Oh, juste de celle qui me permettra de courir quand l'envie sera là. De celle qui me permettra d'accélérer quand je le veux, d'aller voir à la dune suivante si la vue sur l'océan y est plus belle, d'aller voir au sommet de la côte à venir si le vent me saoulera un peu plus.
Je te commande une poignée la lucidité. De celle qui me rappelle que la santé est précieuse. Infiniment précieuse, chère, fragile et qu'elle n'a pas de prix.
Je te commande une paire de jambes de rechange. Des bien musclées, ciselées, endurantes, esthétiques. Des qui me font rêver et qui ne se fatiguent jamais. Des qui me feront monter Tiergues comme un avion et descendre sur Millau en un temps record.
Je te commande de l'humilité. De celle qui me rappellerait que même si j'avais gagné Millau, même ça. je serais toujours petit à côté de celles qui tiennent la main de ceux qui partent. Je serais toujours le même pour les autres avec les mêmes défauts, les mêmes travers.
Je te commande des tonnes de bons moments. Des simples, des inattendus, des attendus, des préparés.
Des courses dans les pins pendant l'hiver humide de la côte atlantique. Cette odeur de mousse qui monte et le soleil rasant qui illumine les gouttes de pluie sur les genets.
Des footings dans le vent, sur le sable de la plage quand l'océan descendu m'offre pour un instant d'éternité la plage découverte. Des bonjours souriants échangés avec les premiers promeneurs que je croise après ces instants de douce solitude.
Des sorties à la tombée du jour où je cours en regardant avec envie le soleil se coucher sur les premières collines du Gers. Sur cette terre sur Sud-Ouest que je sens mienne plus que toute autre.
Des jours de grâce où je me sens capable de courir tout et n'importe quoi. Courir ce coteau, cette montagne, ce fossé, cette route ou cette sortie idéale que je m'imagine.
Des jours de bonheur(s) en famille, avec ceux que j'aime.
Des moments de joie avec les amis.
Des livres qui me touchent. Des paroles qui chantent et des musiques qui me parlent.
Je te commande un doigt de passion lucide pour mon travail.
Je te commande une montagne de volonté pour les choses que j'ai à faire et que je reporte encore et toujours.
Je te commande une éternité de répit pour les sonneries du téléphone porteuses de mauvaises nouvelles.
Je te commande une pincée de sagesse pour chuchoter ce que je crie.
Je te commande un soupçon de justesse pour suggérer ce que je cherche à écrire.
Et puis, si je peux me permettre d'en demander plus, des rencontres avec vous. Des rencontres riches où l'on partage sans avoir besoin de se le dire, une pur moment de bonheur. Un bonheur pour toujours.
Et puis, allez Père-Noel, offre moi une fois encore, une après-midi de septembre, un moment de partage avec mon père sur les hauteurs de Saint-Afrique. Promets moi que ce ne sera pas la dernière ! Dis donc, en parlant de ça, t'avais pas oublié une peu de ma commande sous le sapin l'année dernière ?
Colomiers, le 2 décembre 2003
Vincent
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