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D'ici et d'ailleurs

Off à San Francisco ... la ville aux sept collines

Ces quelques phrases de préambule, j'avais pensé les mettre à la fin. Et puis, tous comptes faits, cela m'a paru plus juste et honnête de vous les livrer dès à présent. La sortie Off qui suit est virtuelle et je m'en excuse. Si j'y cours, c'est virtuel aussi. Cette sortie pourtant, je l'ai faite et refaite.dans ma tête, dans mes rêves, par petits morceaux. De toutes façons, c'est la traduction de tant d'émotions non toutes digérées que je n'aurais pu connaître en une seule sortie. C'est le fruit de promenades à pied, en bus, en cable car, en tramways dans San Francisco, cette année mais aussi les années précédentes où j'ai eu la chance de faire ce voyage. Des promenades à la journée ou lors d'instants volés à midi, en soirée. Des promenades seul ou avec ma chérie et parfois quelques amis. Des rencontres avec des hommes, des femmes, des lieux attachants, émouvants. Suivez le(s) guide(s).

"If you come to San Francisco ,
Be sure to wear,
Some flowers in your hairs..."

Je suis sur que vous avez l'air dans la tête. A présent, fermez les yeux et souvenez vous quand enfant vous lisiez « Tintin en Amérique », un premier contact avec les USA, les dessins des gratte-ciels, les grooms devant les hôtels, les policemen. Ce dimanche matin de décembre, la vue qu'offre notre chambre d'hôtel sur San Francisco downtown est sublime. Je ne m'en lasse pas. C'est la quatrième fois que je me rends en ces lieux depuis 1999 et mon plaisir est toujours le même. La ville aux 7 collines s'éveille doucement sous un ciel aux couleurs de feu. Le soleil rasant éclaire le fond de la baie et offre un spectacle féerique. Les maisons en bois à nos pieds sont d'un charme presque désuet. Leur toit plat et leur échelle métallique en façade m'émeuvent. J'aime cet endroit et malgré leurs couleurs bigarrées, les bâtisses me semblent d'un blanc presque virginal. Sur la gauche, les collines de Nob Hill et Russian Hill semblent nous appeler. Que de trésors à aller y redécouvrir. Sur California Street, un cable car matinal descend mollement dans son bruit caractéristique. Malgré la fatigue du voyage et la décalage horaire qui a écourté notre nuit, ma chérie et moi avons décidé de récupérer un de mes collègue pour se faire LE tour, un Ultra tour de San Francisco. Il s'agit d'en profiter, la conférence qui débute le lendemain ne laissera que peu de place aux ballades. Je me rappelle à ce moment là, la chance que j'ai de faire ce boulot. Un boulot que j'aime et qui me permet de tels voyages. Merci à l'école de la république, merci à l'Université sans qui, je ne serais pas là. Sans oublier, la chance que j'ai du avoir : les parents qui m'ont aidé, des opportunités providentielles.

Nous sortons de l'hôtel, au programme pour elle, un tour à pied et transports en commun et pour moi, un tour en courant et... je verrai en fonction de la forme du jour. Je suis en tenue de coureur. Porte-bidon, mini sac à dos avec quelques dollars et mon passeport, tee-shirt manches longues, et sous mon pantalon un short taillé américain, vous savez ces shorts trop grands qui vous exaspèrent en course quand ils vous dépassent sur une paire de jambes poilues montée sur des grandes chaussettes de foot. Ma chérie a pris un sac à dos, avec les indispensables guides, de quoi grignoter et de quoi me changer si nécessaire. La journée s'annonce longue et belle. A quelques encablures de 9 heures, nous prenons le cable car au bout de California Street. La ville se réveille doucement, quelques coureurs trottinent doucement alors que des grappes de cyclistes filent en direction du Golden Gate Bridge sur des vélos de rêve. Le vent piquant finit de nous réveiller alors qu'assis sur le banc extérieur du cable car, nous arrivons au sommet de Nob Hill. Les arbres du jardin face à Grace Cathedral se sont drapés de guirlandes multicolores. Les hôtels de luxe et les maisons cossues alentour ajoutent au charme de l'endroit. A quelques hectomètres de là, nous redescendons pour arriver dans China Town. Drôle de contraste. Nous quittons le cable car sur Grant Avenue et remontons jusqu'à la porte du quartier chinois à 2 blocs de là. C'est notre point de rendez-vous avec mon collègue Jean-François qui nous attend au café français en buvant un café et en mangeant un croissant pour un prix . astronomique comme nous en faisons l'expérience.

C'est à ce moment que le binôme des marcheurs et la singleton coureur se séparent. Nous avons convenu de rendez-vous réguliers dans la ville, je ferai si nécessaire des zigs et des zags dans les rues autour des points de ralliements. C'est d'un pas décidé ou d'une foulée volontaire que l'Ultra tour commence. Retour vers le China Town par Stockton Street parallèle à LA rue commerçante du quartier chinois mais bien plus pittoresque. Le week-end, il y a affluence dans toutes les boutiques de la rue. Ca grouille littéralement d'asiatiques et les sonorités aigues de leur langue rajoute à l'ambiance. Les légumes et les poissons inconnus, les énooorrrrmes grenouilles vivantes que l'on trouve aux étales nous dépaysent totalement.
Courir dans les rues américaines n'est pas chose facile. A chaque carrefour, je m'arrête au feu. J'ai en effet une peur bleue de me faire surprendre traversant au rouge par un de ces policemen. J'ignore le tarif des infractions mais je n'ai aucune envie de la connaître. Ca me permet de récupérer des nombreuses côtes que je dois avaler dès le début, à froid. Des véritables murs qui d'un bloc à l'autre vous changent de vue, de style de maisons, de vie quasiment.
Au bout de Stockton, j'arrive dans le quartier italien premier point de rendez-vous. Je suis en avance et j'en profite pour courir les quartiers résidentiels alentour. Jolies maisons et très bons restaurants sont les caractéristiques des lieux. Le moindre écart du lieu de rencontre m'offre du dénivelé. Je sens mes pulsations dans le cou, dans les tempes et le manque de préparation se fait cruellement sentir. Le béret que je porte ne passe pas inaperçu et me vaut la sympathie de bien des passants : un sourire, un bonjour avec cet accent délicieux, des « Vive la France » que je dois à notre président dont la position sur la guerre en Irak trouve ici beaucoup d'échos. Face à l'église blanche de Washington Square, quelques femmes et un homme torse nu font de la gym, du Thaï Chi pour être plus précis. Très en vogue par ici... En se retournant, on découvre avec amusement un magasin d'alcool « Coit Liquors » situé sur Union Street, ça ne s'invente pas ces choses là.

Aux USA, les magasins portent souvent dans leur nom le lieu où ils se situent. Et le Coït de Coït Liquors, c'est pour Coït Tower, un must du touriste de base. Mes « suiveurs » arrivent en temps et en heure. J'ai profité des quelques instants d'attente pour m'étirer. Le prochain rendez-vous fixé, je repars d'une foulée décidée vers l'ascension qui m'attend.
La montée est assez régulière par la route mais l'escalier que j'emprunte au milieu des maisons en bois est un vrai raidar. Un défi aux mollets, un concentré de douleurs brûlantes. Mais le passage quasi incontournable à Coït Tower offre une vue panoramique et m'a permis de traverser pour y accéder ces quartiers résidentiels qui respirent le bon vivre. L'histoire de cette tour est presque une légende. Leslie Tower une riche héritière aurait fait ériger cette tour en l'honneur des pompiers de la ville au début des années 1900. L'intérieur de la tour a par la suite été décoré d'une fresque réalisée en 1929 par des peintres locaux à qui le gouvernement voulait venir en aide en cette période de crise. Si la tour n'a rien de transcendant, la vue à 360° que l'on embrasse à sa base mérite de s'y attarder. Le Golden Gate Bridge décline son rouge tout au long de la journée, au gré de la lumière. Plus près, l'attrape touristes de Fisherman's Warf fait face à la prison d'Alcatraz. Mais le plus beau reste cette baie et les collines alentour qui me sont toujours inconnues. En continuant à tourner, on retrouve le Bay Bridge qui avait tant souffert lors du tremblement de terre de 1989 me semble-t-il. Les quais et l'Embarcadero avec les tramways multicolores complètent le tableau bigarré. Pour finir, le financial district et ses tours dominées par la Transamerica Pyramid me rappellent que je suis bien en Amérique. La quiétude (et non le calme) que dégage cette ville aurait presque fini par me le faire oublier. On est bien loin de l'image souvent caricaturale qu'ont les français des USA mais je reviendrai sur ce point. Avant de quitter ce promontoire, je dévore avec gourmandise la perspective sur Lombard Street que je prévois d'avaler en suivant.

La Lombard Street que j'emprunte dès le pied de Coït Tower est très vallonnée. A un gros kilomètre de là, elle monte vers Russian Hill et la côte offre 8 virages en épingle. Des passages assez raides qui me rappellent la dernière épingle que j'ai passée en courant quelques mois plus tôt du côté de Tiergues. Les mollets tirent, le souffle se fait court. Mais mes pensées sont ailleurs. Souvenez vous le Sergent Bullit cherchant à semer ses poursuivants au volant de son coupé Opel. Ces rues en pente, ces virages sur Lombard Street. Mon esprit file, file au gré de cette course effrénée de Steve McQueen. A chaque instant, je m'attends à entendre ces crissements de pneus. Je les espère. Mais la ville est ouatée, reposante, apaisante presque. Et les années 70 sont bel et bien finies. Pfuuuiiiit ! Envolées ! Comme toutes ces choses qui les rendaient si belles et dont les traces si palpables dans cette ville me font regretter ce temps révolu. La vague Hyppie naissait ici pour déferler ailleurs et partout. La scène Pop-Rock distillait ses mélodies que j'adore. Tout était rose. Un rose foncé pour les jeunes qui partaient au Viet-Nam découvrir un autre visage de l'Humanité. A des milliers de kilomètres de là, la France continuait de digérer un printemps 68 agité, les pantalons avaient des pattes d'eph, et une poignée de courageux arpentaient le Larzac sur 100km pour un mouvement qui allait changer le cours d'un pan de notre vie. Au sommet de Lombard Street, je souffle quelques instants. Je bois quelques gorgées lentement, religieusement presque. Je jouis alors d'une vue superbe, je me retrouve en pleine carte postale. Et l'une des plus célèbres et des plus belles ! Les cable cars remontent sur Hyde Street et au loin se détache Alcatraz.
L'île et sa prison. Drôle de lieu de visite que je n'ai d'ailleurs jamais faite. Mais à cet instant, j'essaie d'imaginer ce qui devait bien passer dans la tête des gardiens à cet endroit précis à quelques minutes de retrouver ce lieu de repli. Et les taulards ? Au menu, l'attente ou le plongeon avec au choix l'eau glacée ou les requins. Curieuses perspectives pour les uns et les autres. Et que la liberté est belle.

Je me prépare à descendre vers les quais. Une descente difficile, raide, exigeante avec les articulations, d'autant que les carrefours, les arrêts qu'ils imposent autant que les ruptures de pentes épuisent plus que la descente n'offre de répit. Hyde Street descendue, j'arrive sur Fisherman's Warf et les quais. Rien de formidable juste un incroyable piège à touristes. Eviter autant que possible les restaurants et la spécialité locale, le crabe à la mayonnaise ou plutôt la mayonnaise au crabe. Il est 11 heures et je poursuis la ballade en longeant le bord de la baie. En silence, avec dans la tête Otis Reding.
"Sitting on the dock of the bay
Watching the tide roll away
I'm just sitting on the dock of the bay
Wasting time"

Cet instant n'est pas perdu. C'est une bulle d'éternité. C'est un peu ça. Je suis comme un enfant qui fait des bulles de savon et les regarde partir alors qu'il voudrait les garder. Je voudrais que les bulles de cette journée durent toujours. Mais elles partent. Doucement, portées par le vent venu du Pacifique, elles partent. Et dans quelques temps, la tempête du quotidien les aura perdues, éparpillées. Je n'aurai alors plus que leur souvenir et celui de l'instant où je les ai soufflées. C'est sûrement pour cela que ces instants sont si précieux.

L'Ultra me sort de mes pensées. L'Ultra nage, réservée à une grosse poignée de braves qui parcourent des kilomètres dans une sorte de crique aménagée tout près de Ghirardelli Square et de ses boutiques. L'eau est glacée et la perspective d'une possible visite de requin finirait de me dissuader d'en faire autant. Surtout sans combinaison. Mes deux compagnons de « fortune » arrivent à ce moment. Nous décidons alors de manger ensemble avant que je ne poursuive seul et en courant ce tour dans l'après midi. La faim nous fait presser le pas et nous nous retrouvons sur la partie Ouest de Union Street. Les maisons y sont délicieusement colorées. C'est multicolore, frais, fun comme les gens que l'on y croise alors. C'est un quartier de « BoBos » locaux avec des magasins raffinés et des restaurants. Un moment tenté par un brunch dominical, nous finissons par choisir un restaurant italo-américain pour une assiette pates-poulet-salade-fromage (si, si de la mozarella) malgré tout très grasse. Le tout agrémenté d'une draft beer typique US, une Budweiser. Après tout, presque 4 heures de périple à courir, marcher, regarder, ça peut excuser cette bien agréable faiblesse. Le serveur est un p'tit jeune qui se montre très agréable comme la majorité des gens rencontrés lors de ce voyage. Il nous sort ses rudiments de français et nous dit combien il aime notre chère France. Cocorico ! J'apprécie ce repas pour l'instant. Plus que les discussions amicales qui l'agrémentent, je savoure ce moment fugace. On est bien, la vie est douce, belle.

La suite est formidable également. Au bout de Union Street, j'entre dans le Presidio, une ancienne base militaire désaffectée et magnifiquement boisée d'eucalyptus immenses. L'ancien hôpital déserté avait l'air triste et lugubre en 2000. Combien de gens avaient du souffrir en ces lieux. Un nouvel hôpital sort de terre en lieu et place de l'ancien. La vie reprend sur le Presidio et les superbes anciens batiments et autres maisons sont à présent ouvertes. Pour courir, l'endroit est un havre de paix. Des routes larges, tortueuses à souhait le parcourent. Sur le côté gauche de la chaussée, je trottine en essayant d'être souple car la reprise est difficile après le repas. Le souffle est bon mais la foulée s'est raidie et le vent forcit au fur et à mesure que je me rapproche de l'eau. Pour faire bonne figure, je réponds avec une humeur joyeuse finalement non feinte aux encouragements des automobilistes qui me lancent des « Go, Go, good job » ! Les nombreux cyclistes y vont aussi de leur signe de la main. A la longue, j'oublie mes sensations mitigées et la foulée redevient presque aérienne, un rien présomptueuse.
Arrivé au pilier Sud du Golden Gate Bridge, j'ai la bonne surprise de retrouver ma chérie que le bus vient de déposer. J'en profite pour récupérer un coupe vent. Mes vêtements sont humides, preuve que je n'ai pas fait semblant. Aussitôt de cet endroit, la vue nous prend. D'énormes cargos venus de nulle part, de l'infini passent sous le pont et vont retrouver la vie plus loin dans la baie vers un autre nulle part. Quelques courageux surfeurs s'éclatent sur un joli spot au pied du pilier au beau milieu des rochers. La statue de bronze en perspective avec le pont rajoute une note solennelle. Nous avançons à présent sur le pont, sans nous presser. Les vues vont être superbes, on le sait alors pourquoi se hâter ?. Une nouvelle fois, un air de musique me submerge. Simon et Garfunkel collent tout à fait à cette ambiance, à certains de ces lieux. Deux chansons tournent dans ma tête, «  America  » et «  Bridge over troubled water  ». Un court instant, je regrette de n'avoir pas couru le pont. Le sourire de ma chérie me fait presque regretter cette pensée. Aujourd'hui encore, aucun mot ne me permet de décrire ce que l'on voit de cet endroit. Cette porte sur l'Océan, le vrai, le Pacifique. Cette porte sur l'Amérique. Cette porte sur l'ère moderne... Ce tas de ferraille n'est pas beau. Il est rouge et c'est tout. Cette ville toute entière n'est pas belle. Elle est touchante, attachante, apaisante.

Je repars seul, sans avoir traversé le pont. Direction le sud et la plage de Baker Beach histoire de fouler le sable, juste pour m'assurer si c'est comme chez nous. Comme j'aime.
J'aime et ce n'est pas comme chez nous. J'aime parce que ce n'est pas comme chez nous. Le vent y est piquant. Il vient de si loin. Les collines, les montagnes alentour peinent à écraser ces eaux. Au début, la plage est inaccessible et je longe l'océan sur une sorte de falaise en suivant un chemin côtier. Mon premier trail en Amérique !... Je commence à en avoir plein les basques et chaque arrêt paraît m'imposer de gros efforts pour repartir. Après 2 kilomètres, je descends enfin sur la plage. Une plage de sable fin, balayée par le vent et une houle et des vagues plus formées et plus puissantes que chez nous. Du bord, je distingue un courant côtier très fort et certainement très dangereux. Un océan sauvage et face à moi des milliers de kilomètres vers l'Asie. Je me sens tout petit. Derrière moi, les quartiers résidentiels étalent leurs maisons de bois clairs jusqu'à toucher ces eaux tumultueuses. Ma foulée est redevenue pénible et aléatoire. Mes appuis fuient sur le sable et la vent me pousse violemment de côté. C'est la rançon de ce plaisir. Celui d'avoir couru ces quelques kilomètres depuis le pont. Parmi les plus beaux qu'il m'ait été donné de courir. Histoire de récupérer et d'accélérer le mouvement, je décide de suivre la ligne du bus pour rejoindre l'étape suivante.

C'est pourtant à regrets que je quitte cet endroit et que la ligne 29 m'enlève de cet endroit brutal, sauvage de nature vivante. La partie à venir n'est pas agréable à courir et la fatigue aidant, je me concentre pour éviter de tomber. Je cours au milieu de quartiers résidentiels. Je ne vois que la succession de maison en bois et de fils électriques. La route offre une alternance de montées et de descentes. Moi qui suis plus habitué aux sorties non-stop, cette promenade courue me parait bien fatigante. Heureusement, les haltes touristiques me permettent de récupérer régulièrement et surtout de me nourrir de toutes ces images. Ce passage est couru sans y penser vraiment. Ce sera le seul de la journée ; une curieuse passivité de l'esprit, un intermède, un interlude. Mais bien vite j'arrive sur le Golden Gate Park et ses joueurs de freesbee qui s'éclatent comme des gamins sur des pelouses d'un vert tendre.
Puis je longe un stade d'athlétisme digne héritier des Universités des années 30. Des gradins en pierres entourent un ovale rose d'un superbe tartan. Plein de gens courent et c'est avec peine que je me persuade de ne pas m'arrêter pour y faire quelques séries dont je n'ai d'ailleurs pas les moyens. Un saut de puce plus tard, me voilà à Haight Ashbury, quartier survivant de l'époque Hyppie. De suite, la voix si particulière de Grace Slick, chanteuse des Jefferson Airplanes, me susurre «  Sally Go' Round the Roses  » et autre «  Some Body to Love  ». Plein de souvenirs me reviennent, pas tous heureux. J'ai eu vent que la chanteuse habite toujours le quartier. Où es tu Grace ? Pour l'heure, je le traverse en courant presque à regrets. Le lendemain, je serai de retour avec Nathalie dans ce coin que j'aime tant et dans lequel je vous convie.

Un premier arrêt s'impose à Amoeba, temple du disque. Imaginez un supermarché qui ne fasse que les disques -et les bons, ceux que l'on cherche toujours- par milliers et pour trois fois rien. Vous imaginez ? Voilà vous êtes à Amoeba ! Moment de plaisir, à fouiller, hésiter. Je ressors avec quelques CDs dont le bande du film «  Phantom of the Paradise  » de 1974. Un disque canon ! A quelques mètres de là, mon cour de midinette se serre et mon esprit part 35 ans en arrière. Une affiche annonce un concert des Doors au Fillmore de San Francisco pour un soir de juillet . 1968. La suite du quartier nous fait aller du sourire à l'étonnement mais partout on ressent un sentiment de tolérance et de liberté. C'est très baba-cool et pourtant ce n'est pas forcément ma tasse de thé quotidienne. Des magasins de fringues démentes se succèdent. Le nécessaire à fumer de l'herbe est également partout en vente. Curieux pays, ultra conservateur par certains côtés, ultra libre par d'autres. Curieux pays où les militants de l'Armée du Salut se postent devant des sex-shops ou autres lieux de « dépravation » pour accomplir leur sacerdoce. Tout cela en parfaite bonne entente. En tous cas, ce quartier coloré est dingue, un vrai incontournable où nous retournerons plusieurs fois durant le séjour.

Mais revenons à cette course californienne. En sortant du quartier, je file sur Castro, le quartier homosexuel de San Francisco. Ce n'est certainement pas un voyeurisme malsain qui me pousse en ce lieu. Sans penser que le communautarisme soit la panacée, le fait est que l'endroit semble peuplé de gens heureux qui y ont certainement trouvé un refuge loin du « Qu'en dira-t-on » et des bien pensants. Les rues vallonnées me causent de plus en plus de soucis. J'ai les mollets très contractés et je suis un peu à court de carburant. Je m'assois sur une barrière, je grignote une barre et je finis mon bidon. J'en profite pour redécouvrir l'endroit. La nuit commence à tomber, il est 5 heures passées. Les palmiers plantés au milieu de l'artère qui traverse le quartier finissent de « faire Californie ». Les guirlandes lumineuses accrochées partout et les superbes tramways aux couleurs vives complètent ce tableau. Là encore, les Doors arrivent avec la chanson «  Peace Frog  » et sa basse endiablée.

C'est l'occasion de choisir la suite du périple. Je ne choisis pas la facilité mais il est des incontournables que je ne saurais .contourner ! Ca sent l'écurie et la fin proche de ce tour me fait oublier la fatigue. Les jambes sont redevenues légères à moins que ce ne soit l'allure qui ait franchement molli. Après un passage par Alamo Square pour LA vue sur San Francisco sur fond de maisons victoriennes rescapées du tremblement de terre de 1906, je file vers le Fillmore, salle de concert mythique des années 70. Un passage par le sobre quartier japonais finit cet Ultra tour près de notre hôtel. Et c'est fini.Quelques étirements devant l'hôtel, un dernier regard à la rue et je m'engouffre dans l'ascenseur, heureux de cette journée, saoulé par ce bol d'air pourtant citadin. En arrivant dans la chambre, je contemple une nouvelle fois la vue sur la ville. Les immeubles se sont habillés de leurs lumières. Ca et là, un drapeau américain flotte sur un toit. Je pars me doucher en repensant à mon périple du jour.

Et il reste tant de choses, tant de questions, de souvenirs, d'étonnements.

Ces rues rectilignes qui traversent la ville de part en part (du Nord au Sud et d'Est en Ouest) facilitent la navigation mais rendent le vent si mauvais. Mais le charme et les perspectives valent tous les vents du monde. Et puis, ces vallonnements et ces fils électriques, ça sent la carte postale alors quand un vieux pick-up Chevrolet arrive dans le tableau, c'est l'extase du touriste !

Et la carte postale devient sonore. Fermez les yeux et imaginez les rues en pentes, les rails des cable cars et le bruit permanent du câble qui tourne sous la route prêt à emporter les passagers un bloc, une histoire, un jour plus loin. Un bruit entre le ronronnement et le bruit des remontées mécaniques dans les stations de ski. Un bruit de vacances, un bruit de loin. Et puis surtout le délicieux tintement de la cloche des cable cars et des tramways à chaque intersection. Un bruit de Père-Noël ou d'histoire pour les petits.

Et les américains ? Ou peut-être les habitants de cet endroit. Des gens charmants, urbains, prévenants, prompts à aider. Totalement en contradiction avec l'idée que s'en font nombre de français. Des gens curieux aussi. qui se baladent en tee-shirt et short en décembre, font du sport avec assiduité, autant qu'ils en mettent à manger des plats riches en rajout de graisses. Et que dire des homeless ? Pas agressifs, ouverts à discuter, j'ai découvert des hommes attachants à l'histoire ordinaire. Souvent un pépin de santé, des frais d'hospitalisation astronomiques et une descente aux enfers qui commencent. Mais l'optimisme est toujours là. Et les passants sont souvent bienveillants. Mais n'idéalisons pas, tout n'est pas rose et cette société est bien à 2 vitesses. Ici peu ou pas de politique sociale, pas ou peu d'engagement de l'état. Il semblerait que ce soit d'ailleurs une des raisons pour lesquelles les passants sont « si généreux » avec ceux qui font la manche. Ils savent que si eux ne les aident pas, l'état ne le fera pas. Bien loin de la conception de l'état français.

Et les transports en commun ? Une cour des miracles version vol au dessus d'un nid de coucou où tout le monde se parle dans un curieux tintamarre. En parlant de tout, de politique (les gens là bas affichent sur leur maison, leur voiture le nom de leur favori.), de sport, de religion. Bizarre, bizarre. Peut-être, le reflet d'une grande solitude au fond ? Une amie française qui vit maintenant à Boston m'a avoué se sentir agressée dans les transports en commun lorsqu'elle revient en France. Contradictoire quand on pense que « les français » pensent souvent être chaleureux. Ce premier abord est peut-être superficiel. Il faudrait que je m'installe durablement là-bas pour vous en dire plus. Pourquoi pas une mission UFO à San Francisco ?
Quoiqu'il en soit, une ville fascinante et tellement émouvante.

"If you com e to San Francisco
Be sure to wear
Some flowers in your hairs"

Des brassées! Des brassées de fleurs, dans la tête et le cour. Et des souvenirs, plein de souvenirs. Et une flamme, une petite flamme que je prendrai soin d'entretenir.

Textes : Vincent Toumazou - Tous droits réservés
Photos :
Nathalie Mauvin & Vincent Toumazou - Tous droits réservés
Pour en savoir plus sur San Francisco, les site Web ne manquent pas... Visitez ici celui de d'office du tourisme.

Texte écrit en décembre 2003,
Publié dans le magazine Ultrafondus, n°9 de février 2004

Vincent

 

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